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Le CH, l'Allemagne et l'audace de Pierre Allard

Le CH, l’Allemagne et l’audace de Pierre Allard

En juillet dernier, Pierre Allard a étonné énormément de gens dans le monde du hockey en quittant le poste de directeur de la science du sport et des performances qu’il occupait chez le Canadien de Montréal. À l’aube de la cinquantaine, alors qu’il était devenu une référence dans son domaine, Allard a décidé de tout plaquer afin de devenir entraîneur adjoint du Red Bull de Munich, en première division allemande.

C’était une décision fascinante. Une réorientation de carrière comme en voit rarement dans une ligue majeure comme la Ligue nationale de hockey (LNH). Par le fait même, c’est une expérience qui mérite d’être suivie de près.

Après avoir terminé son stage dans la LHJMQ, Pierre Allard a mené une carrière de hockeyeur professionnel en France et en Angleterre pendant plusieurs années, avant de rentrer au Québec.

Il était arrivé chez le CH au début des années 2010 à titre de préparateur physique. Et au fil des ans, grâce à sa curiosité et à son sens de l’innovation, ce département a subi d’importantes transformations. La préparation et le suivi des athlètes s’étaient considérablement individualisés, alors que le CH avait pris un virage technologique important, notamment en plongeant dans l’univers de l’intelligence artificielle.

L’équipe de Pierre Allard amassait des mégadonnées fournies par des puces éelectroniques portées par les joueurs à l’entraînement ou durant les matchs. Les informations ainsi recueillies permettaient, entre autres, de gérer plus efficacement le niveau d’énergie des athlètes. Soudainement, le besoin d’une nouvelle dose d’adrénaline s’est fait sentir.

« Il ya plusieurs années, j’avais occupé un poste d’entraîneur adjoint dans la Ligue midget AAA (maintenant la Ligue M18 AAA) aux côtés de Mario Pouliot. J’avais toujours gardé ce goût d’entraîner des équipes et je me disais qu’un jour j’allais renouer avec le métier d’entraîneur. »

Un citation de Pierre Allard

Au cours de mes trois dernières années chez le Canadien, j’étais constamment installé près de la bande pour mesurer la charge de travail des joueurs et ça m’a redonné le goût d’être sur la glace plutôles de côt, explique Allard, que j’ai rejoint à Munich au cours des derniers jours.

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Dans la Deutsche Eishockey Liga (DEL), Pierre Allard renoue avec sa passion et apprend son nouveau métier dans un environnement à la fois compétitif et humain.

Mon mandat avec le Red Bull consiste à préparer l’équipe pour les situations de 5 contre 5, affirme-t-il. C’est donc moi qui m’occupe de décortiquer les tendances et le plan de match de l’équipe adverse. Il ya des vidéos à préparer.

Nous avons eu des séquences de calendrier assez intenses récemment en raison de la COVID-19 et ça m’a permis de comprendre la perspective des entraîneurs avec lesquels j’ai travaillé à Montréal au fil des ans. On voit tout le travail qu’il ya à faire, en plus de tenir compte de la préparation physique des joueurs. Il ya une grande masse d’informations à traiter au cours d’une journée, constate Allard.

La DEL oblige ses équipes à aligner au moins trois joueurs de 23 ans et moins pour chaque match. Pour parer à toute éventualité, les organisations gardent de cinq à sept jeunes au sein de leur liste de joueurs. L’autre partie du mandat de Pierre Allard consiste à développer ces jeunes, qui font du temps supplémentaire avec lui avant ou après les séances d’entraînement du Red Bull.

Les jeunes joueurs allemands sont de très bons patineurs et ils ont obtenu beaucoup de temps de jeu au sein des équipes où ils on évolué avant d’atteindre la DEL. Ça nous permet de faire du bon travail avec eux. Ils sont à l’écoute et ils veulent apprendre, souligne-t-il.

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À Munich, Pierre Allard travaille avec l’entraîneur-chef Don Jackson, qui pratique le métier depuis plus de 30 ans. Jackson, un Américain, était entraîneur adjoint chez les Nordiques de Québec au début des années 1990. Au sein du personnel d’entraîneurs du Red Bull, on retrouve aussi le Canadien Steve Walker, ainsi que l’entraîneur des Québec gardiens, qui a longtemps supervisé les gardiens des Mooseheads d’Halifax.

« Je me considère comme choyé de côtoyer ces gars-là. J’apprends beaucoup de choses concernant les systèmes de jeu. D’autant plus que les systèmes employés en Europe diffèrent de ce que les équipes font en Amérique du Nord. En plus, nous préconisons chez le Red Bull un système de jeu vraiment offensif et dénué de trappe. C’est vraiment différent. »

Un citation de Pierre Allard

De façon générale, Allard dit avoir été agréablement surpris par le calibre de jeu offered par les équipes de la DEL.

Il ya de très bons jeunes dans toutes les équipes et les gardiens sont excellents, souligne-t-il.

Par rapport à la LNH, je dirais que la plus grande différence réside dans le fait que les erreurs commises ici sont moins coûteuses. Dans la LNH, l’une des choses qui me frappaient le plus, c’était lorsqu’un joueur commettait un revirement durant une transition, ça devenait presque automatiquement une adverse occasion de marquer pour l’équipe. Mais ici, les joueurs commettent un peu plus d’erreurs que dans la LNH. Alors, le revirement n’a pas toujours une conséquence aussi sérieuse.

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En décidant de s’expatrier en Allemagne, Pierre Allard estime avoir choisi l’environnement idéal pour lancer son nouveau plan de carrière.

Je me voyais mal me joindre à une équipe de la Ligue américaine pour renouer avec les fonctions d’entraîneur. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un endroit pour apprendre le métier parce que le volume de matchs y est trop important, tandis qu’ici avec le Red Bull, c’est une formule gagnante pour tout le monde, souligne-t-il, visiblement heureux de son choix.

Depuis le début de la pandémie, enormément de travailleurs, dans tous les domaines, ont revu leurs priorités et remis en question leurs objectifs professionnels. En écoutant Pierre Allard parler de sa nouvelle vie, on comprend que le poids des dernières saisons an aussi influencé sa décision.

« La saison dernière chez le Canadien, nous n’avons pratiquement pas eu de journées de congé en sept ou huit mois. Ce sont des séquences difficiles à vivre et ça m’a donné envie de connaître autre chose. »

Un citation de Pierre Allard

J’ai connu le hockey en Europe en tant que joueur, et c’est une qualité de vie très différente. Lorsqu’il n’y a pas de match, les journées se terminent vers 13 h ou 14 h. Et quand nous jouons à l’extérieur, nous sommes de retour à la maison le même jour au lieu d’être partis pendant une semaine. C’est un aspect qui m’intéressait, raconte-t-il.

Par ailleurs, Pierre Allard et sa conjointe profitent de leur nouvelle vie pour découvrir du pays.

L’équipe a eu droit à une pause il ya quelques semaines et nous en avons profité pour passer quelques jours en Italie. Nous avons aussi l’intention de voyager durant la pause olympique. Par ailleurs, les alpes sont situées assez près d’ici. Hier, justement, nous avons fait une heure de route et nous étions en randonnée à Garmisch en pleine montagne. Ce sont des choses qui nous sont accessibles et que nous apprécions énormément.

Bref, Pierre Allard a choisi la passion, l’audace et l’adrénaline. Et il ne regrette rien.

Voilà un homme de hockey brillant qui est en train de se forger un curriculum vitae unique dans un environnement fort stimulant. Il sera très intéressant de voir jusqu’où cet audacieux coup de barre le mènera.

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